Le pavillon Keller
Le pavillon Keller est aussi mystérieux qu'insolite dans un site parfois austère.
En 1902, lors d'une excursion en marge du 1er congrès de la houille blanche à Grenoble, Charles Albert Keller, ingénieur diplômé des arts et métiers, décide d'installer une usine électrométallurgique à Livet sur les rives de la Romanche. Déjà associé à Henri Leleux, ils fondent en 1906 la Société des Etablissements Keller et Leleux (SKL). Grace à leurs procédés innovateurs, l'entreprise se développe et notamment lors de la Première guerre mondiale avec la production d'obus.



Afin de garder sa main-d'œuvre, Charles Albert Keller, tend vers une gestion "paternaliste" de son personnel avec un environnement social adéquat1et organisé. L'habitat va être très hierarchisé, dont le pavillon Keller construit entre 1910 et 1914 à partir des plans des architectes Jean Benoit et Marius Jean Bonnat. Une extension en béton s'ajoute entre 1928 et 1932 avec ces étonnants pilotis, la première partie étant construite en pierres. Les plans sont conçus de tel manière que l'industriel à un regard sur ses usines bordant la Romanche.

Il va accueillir Charles Albert Keller de 1912 à 1940 mais aussi les directeurs ou les ingénieurs et leur famille suivant l'ordre hiérarchique. Les plus hauts placés dans "l'échelle" habitant les étages supérieurs. Quant aux ouvriers, ils ont leur cité, séparée des employés. Les travailleurs étrangers doivent se contenter de dortoirs ou de barraquements2.
Le Pavillon Keller comporte 4 étages, 103 portes et fenêtres. Sa superficie atteint 1740 m2.
Malheureusement, en 1967 son fils, héritier, quitte les lieux, le pavillon va alors connaitre de nombreux propriétaires, des projets rapidement avortés, l'indifférence administrative3. Toutefois, il est classé Patrimoine en Isère4.
De Séchilienne à Rochetaillée, la vallée de la Romanche est très encaissée, les lignes de crête s'élèvent avec des sommets culminant à plus de 2 500 m d'altitude. Le Taillefer domine la vallée avec ses 2 857 m d'altitude. Les versants sont fortement pentus descendant sans ruptures jusqu'aux rives du torrent impétueux et laissant peu de places aux constructions. La largeur est d'environ 400 m à Gavet, à Rioupéroux, à Livet pour s'élargir un peu plus à Rochetaillée. C'est à cet endroit que se situé un lac naturel formé par un barrage naturel justement lié aux éboulements issus de la Vaudaine et de l'Infernet. Le barrage cède le 14 septembre 1219 inondant Grenoble.
L'orientation Nord-Est de la vallée bordée par les hautes crêtes limite l'ensoleillement. Au XIXème siècle la ressource hydroélectrique se développe mais aussi des usines profitant de l'aubaine pour faire tourner leurs machines. Une voie ferrée métrique est même construite sur la route afin d'assurer les divers transports. Usines, cités ouvrières, voies de communication et le torrent se côtoient dans ce cordon étroit.

Les plus de 150 ans d'industrialisation, puis le transport routier par la suite ont déposé une pellicule de poussière grisâtre sur les bâtiments. S'il s'ajoute un temps pluvieux la vallée peut vite sembler inhospitalière.
Un tableau pas très reluisant qui va être accentuée après le tournage dans le pavillon Keller d'une scène du film "Les Rivières pourpres" à l'ambiance glauque. Des scènes du film "Loin du périph" sont également tourné dans le pavillon. Il est également un élément important dans le roman "Une petite histoire sordide" d'Alessandro Perissinotto. De quoi renforcer le mystère du pavillon Keller, mais aussi de le rendre fascinant. Certains vont même franchir le pas avec des phénomènes paranormaux.







Le 28 juillet 2026, le pavillon Keller est vendu. D'après les journalistes, un projet bénéfique pour les alentours est annoncé. Le nom de l'acquéreur n'est pas connu à ce jour.
La vallée de la Romanche reste un endroit fascinant, espérons que le projet de réhabilitation du pavillon Keller devienne un élément rayonnant, un support de mémoires des "énergies" et des innovations industrielles du XIXème et du XXème siècle.
Photos prises de l'espace public en février 2026.
Documentation :
1 Marie-Christine Bailly-Maître et Laurence Pissard, Histoire industrielle d’une vallée alpine, la vallée de la Romanche. Des hommes, des productions, des paysages,
Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 2006
2 Marie-Christine Bailly-Maître et Laurence Pissard, La mise en mémoire de l'aventure industrielle d'une vallée alpine (Isère). Le musée de la Romanche
Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, 2005
3 Rincevent, Le pavillon Keller, étrange maison sur pilotis abandonnée, 2023 mis à jour le 20 avril 2025, https://2tout2rien.fr/ (en ligne)
4 https://culture.isere.fr/page/le-patrimoine-en-cartes
Fonds des établissements Keller et Leleu, électrochimie
La renaissance du Pavillon Keller, Lyon People, Businesse News, 2015
Laure Pophillat, Le pavillon Keller, rendu célèbre par Les Rivières pourpres, change enfin de propriétaire, Batirama, 08/09/2026, (en ligne)
Après 20 ans de projets avortés, le pavillon Keller des “Rivières pourpres” enfin vendu à Livet-et-Gavet, Grenoble Mag
Date de dernière mise à jour : 11/09/2026
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